Poésie, gouache et gourmandise
Date de publication
12 mars 2026
Temps de lecture
4 minutes
Thématique
Création
En février a lieu le « Februarty », un challenge artistique lancé par un collectif de créatrices lyonnaises, le crépite club. L’objectif : créer une œuvre tout au long du mois, et documenter les différentes étapes de création sur les réseaux sociaux. Le thème de cette année : l’instant. J’ai réalisé une peinture, et chaque semaine j’ai publié un post sur Instagram pour expliquer les avancées. Mais comme tout ce qui est sur les réseaux est évanescent, j’ai décidé de consigner ce travail dans un article de blog. Bienvenue dans les coulisses de mon processus créatif ! 🤗
Première étape : inspiration et organisation
Mon premier réflexe, quand j’entame un nouveau projet, c’est de prendre un carnet, un crayon, et d’écrire tout ce qui me passe par la tête. De cette manière, j’ai cherché à m’approprier le thème, et à définir dans quelle direction je voulais aller.
« L’instant » sonnait pour moi comme une incitation à prendre le temps, en contre-pied des injonctions modernes à la productivité et à l’efficience. « Saisir l’instant », c’est une invitation à s’ancrer dans le présent, à être et non plus à se projeter.
C’est ça que j’avais envie de transmettre : ce qu’il se passe quand le temps est suspendu, quand on accepte d’habiter pleinement son corps, et d’écouter ce que nos sens ont à nous dire. Quand on fait une pause pour regarder, écouter, sentir, toucher, goûter. Ces moments de grâce qui nous ressourcent, que l’on oublie parfois de vivre… et qui, pour moi, sont souvent synonymes de gourmandise !
Après de nombreuses pages griffonnées, mon intention s’est naturellement dessinée. J’allais « saisir l’instant gourmand » à travers une création qui mélangerait écriture et peinture.
Deuxième étape : recherche et conception
L’étape la plus difficile pour moi. C’est le moment où je fais des croquis très moches que je suis la seule à comprendre, où je teste, où je me plante, où je me perds, où je m’arrache les cheveux parce que je trouve qu’il n’y a rien de bien dans ce que je fais.
Mon idée, c’était de réaliser un poème illustré sur le thème de « l’instant gourmand ». J’ai donc écrit le texte – jusqu’ici tout allait bien. Puis j’ai réfléchi à la mise en page. Et là, je me suis bien cassé la tête ! 🤯 Je voulais trouver une manière dynamique d’intégrer le texte dans le dessin. J’ai fait des croquis, avec des cercles, avec du fouillis d’ingrédients… J’ai même pensé à dessiner une salade en écriture – c’est dire si je suis partie loin ! 🥗
Puis j’ai fait ce que je fais toujours quand je suis perdue : j’en ai discuté avec mon compagnon. Il a eu cette parole très sage : « Tu te prends trop la quiche ! Si le texte est important, il faut qu’il soit bien mis en valeur et facilement lisible » – ce qui excluait clairement mon idée douteuse de poésie-salade.
J’ai donc opté pour une mise en page classique : le texte serait au centre, encadré par un fouillis de fruits et légumes dans lequel se prélasserait une drôle de dame.
Troisième étape : tests et réalisation
Après la phase de croquis, il fallait se lancer. Et ça, ça n’est pas une mince affaire ! Je suis terriblement intimidée par la feuille blanche. J’ai peur de me tromper, comme si c’était grave, et alors même que l’erreur est essentielle à la création. Pour me décomplexer, j’essaie toujours de me rappeler les mots de ma tante : « surtout, ne cherche pas à faire du beau ».
D’abord, j’ai esquissé le dessin. Ensuite, j’ai cherché mes couleurs. C’est un moment clé pour moi, auquel j’accorde une grande importance – si vous me suivez depuis un moment, vous connaissez mon amour des couleurs. Je les voulais vibrantes et gourmandes ! Puis j’ai peint une première couche moche, et je me suis efforcée de ne pas paniquer…
Quatrième étape : réalisation et œuvre finale
Vient donc la dernière phase de réalisation : le dur de la peinture. Et là encore, j’ai eu quelques doutes. Au départ, je voulais réaliser une peinture sans me soucier des volumes, en adoptant un style très graphique et naïf. L’idée, c’était de gagner du temps. Il faut le reconnaître, je suis parfois un peu flemmarde !
Mais là encore, j’en ai discuté avec mon compagnon, et il a tranché : « Tu devrais mettre du volume, parce que c’est ce qui marche bien dans tes gouaches. Tu vas te faire chier, mais le résultat sera mieux. Prends ton temps et accepte de te dire que tu peux tout recommencer si ça ne te convient pas ».
Et il avait raison… je me suis fait chier ! J’ai passé sur cette peinture mille fois plus de temps que prévu… Mais je ne regrette pas. Effectivement le résultat est beaucoup plus chouette comme ça !
Une fois la peinture achevée, il me fallait encore surmonter un obstacle de taille : la numérisation et la retouche sur logiciel. Pourquoi est-ce difficile ? Parce que le scanner tue la vibrance de la peinture, en particulier pour le bleu outre-mer. Je suis obligée de bidouiller l’image en m’improvisant graphiste pour retrouver des couleurs et des contrastes intéressants. Et il faut accepter que le résultat soit un peu différent de l’illustration originale !
Mais après quelques heures de prise de tête et de tests d’impression, j’ai fini par arriver à un résultat satisfaisant. Voilà donc mon illustration finale !
Le bilan
J’ai adoré suivre ce challenge artistique : prendre le temps de réfléchir à ma création, mais aussi documenter et expliquer mon processus. D’une part, je suis toujours contente de vous montrer les coulisses de mon travail. Et d’autre part, ça m’a permis de réaliser à quel point chaque étape est essentielle.
Quand je termine mes semaines, j’ai parfois la sensation de n’avoir rien accompli, d’avoir brassé de l’air – ça vous arrive aussi ? Cet exercice m’a clairement montré qu’une partie essentielle du travail de création est invisible et non mesurable. Et pourtant, sans lui, le résultat final n’est pas atteignable.
Cette remarque est d’ailleurs généralisable à bien d’autres métiers ! Se creuser les méninges, discuter, faire un pas de côté pour voir les choses autrement… Ce processus n’est pas propre à la création. Il est nécessaire dès que l’on but sur un obstacle et que l’on cherche une solution.
Alors la prochaine fois que vous aurez cette sensation désagréable d’avoir perdu votre temps, faites cet exercice vous aussi ! Prenez deux minutes pour noter ce qu’il s’est passé dans votre semaine. Vous vous rendrez vite compte que chaque pause-café, chaque discussion, chaque moment de réflexion où vous vous sentiez dans l’impasse était en réalité nécessaire, et vous a permis d’avancer. J’ai pas raison ? 😉
Vous devriez également aimer…
Laissez-moi un commentaire !








